Adolescence : le club de poésie

Déjà deux ans que j’avais accès à l’immensité de la bibliothèque de la grande école. Et puis, cette affinité pour l’écriture imagée et rythmée de mes émotions, j’ai nommé la poésie.

J’habitais à la campagne, les fameux rurbains, comme on disait à l’époque, et il fallait compter sur mes parents pour aller “en ville”. Internet n’était pas encore démocratisé.

En 1995, un rendez-vous hebdomadaire s’est mis à rythmer mon année scolaire, je ne sais comment nous avons trouvé ce qu’il manquait pour avoir une opportunité de rencontrer d’autres personnes pour qui l’art est central : un club de poésie et arts plastiques, le Salon Orange.

L’adolescente impétueuse et intimidée que j’étais alors avait hâte de retrouver ce petit public avec cependant peu de jeunes, bienveillant, avec quelques doctes poètes classiques et d’autres plus fantaisistes. Je pris quelques cours de versification d’un grand-père exigent et érudit.

A la fin de chaque rencontre du club, un poète avait l’honneur de lire une de ses oeuvres. J’étais toujours le coeur battant d’être l’élue du jour. Je sélectionnais et présentais avec soin.

Les années passèrent, tout le monde vieillit un peu, les membres du club changèrent, les arts plastiques intéressaient plus le public que la poésie. Puis je quittais la région.

De nos jours, derrière le confort de nos écrans, l’implication sociale et affective est différente.

Voilà pourquoi, je pense, j’aime réutiliser le vers suivant, en souvenir de ma jeunesse : trop de choses auront changé.