Adolescence : seize ans

1995.

Seize ans.

En France, le lycée ne dure que trois ans : les bleus de seconde, ceux de terminale qui ne pensent qu’à réussir leur bac et se voient déjà majeurs, et, au milieu, ceux en première, qui ont quand même l’épreuve anticipée du bac français. Pour le réussir, j’étais très motivée pour peaufiner le commentaire composé. Nous enchaînions les répétitions, avec notre professeur passionnée, et découvrions de nombreux auteurs et tout ce qu’ils avaient en tête. Nous apprenions de nouveaux mots, de nouvelles philosophies, le contexte de différentes époques.

J’eus un vrai coup de foudre pour Charles Baudelaire.

C’était donc une année où les habitudes du lycée sont déjà prises et où, la lecture appelant la lecture, je passais autant de temps que possible au centre de documentation et d’orientation (CDI), quel grand mot ! Cet antre de la culture, romans, essais, journaux dans plusieurs langues, et de la bienséance, interdiction de parler, on se faisait éjecter facilement.

Quand il y avait de la place, bien entendu.

Je suppose que c’est vers cette période que j’ai été frappée par l’expression avoir l’heur de, la chance, le bonne augure, par opposition au malheur.

Le poème sélectionné pour apparaître en premier sur le site commence donc par cet alexandrin légèrement ronflant : J’avais l’heur de m’asseoir auprès d’elle, en silence, […].

Le premier poème à date certaine (de 1992 à 1994 je ne datais pas mes divers écrits) de cette année 1995 et retenu pour le site est d’avril, le deuxième d’octobre, le troisième de novembre mais les thèmes et le style sont légers… Le quatrième poème est donc celui qui ouvre la première Saison.

Ce poème parle d’amour platonique mais démarre sur une image correspondant au CDI.

Et puis, je me rappelle que c’était la fierté d’avoir écrit mon premier sonnet.

J’avais l’heur de m’asseoir…

J’avais l’heur de m’asseoir auprès d’elle, en silence,

De rassasier mes yeux, de combler mon désir,

Afin de décrypter ce qui me fait frémir

Lorsque j’entrevoyais sa furtive présence.


Sont-ce ses cheveux longs que doucement balance

Un visage si beau, que rien ne fait rosir ?

L’éclat de la prunelle au parfum de plaisir ?

Ou bien donc dans sa marche une harmonique danse ?


Tandis qu’elle s’éloigne au bout du boulevard,

Que la ville se lève en apprêtant son fard,

Que disparaît l’éclat de son long manteau rouge,


Je me sens soudain seul, en attendant le jour

Qui pourra consoler des affres de l’amour,

Refermer en mon cœur la plaie encor qui bouge.